Bulletin 58, novembre 2019

Le bulletin 58 - 4 pages
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Novembre 2016 : BULLETIN 52

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Le 25 septembre 2016, le président de la république française lors d’une cérémonie dans la cour de l’Hôtel des Invalides à Paris, à l’occasion de la Journée nationale d’hommage aux Harkis, a honoré une promesse de campagne faite en 2012 :

"Je reconnais les responsabilités des gouvernements français dans l’abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines de ceux transférés en France",

a déclaré le chef de l’État, applaudi par les représentants des harkis présents dans l’assistance. Évoquant une "vérité implacable" et "cruelle", François Hollande a parlé des "combattants qui furent privés de la protection de la France au lendemain de la guerre d’Algérie et dont l’abandon ne fut jamais pleinement reconnu par la République".

Ce drame des Harkis fut cependant dénoncé publiquement dès février 1963 lors du procès de l’attentat du Petit-Clamart. Dans sa Déclaration du 2 février, Jean Bastien-Thiry condamne avec la dernière énergie le sort terrible réservé aux Harkis par le pouvoir en place et pointe la responsabilité de celui qu’il nomme « le dictateur » :

Cependant la trahison de l’actuel pouvoir politique, à l’égard des populations françaises musulmanes, est certainement plus infâme encore ! et ces crimes plus impardonnables, car il s’agit d’hommes et de femmes qui, ayant fait confiance à la parole du Chef de l’État, général en uniforme, ayant fait confiance à l’Armée, et à l’Administration française, agissant conformément à la politique et aux instructions du Gouvernement, s’étaient, en vertu d’un choix libre et courageux, rangés à nos côtés, et pour beaucoup d’entre eux, avaient combattu à nos côtés !

Ces populations françaises musulmanes, il y a eu la fraction d’entre elles qui, grâce aux officiers agissant parfois de leur seule initiative, et contrairement aux instructions de M. Joxe, ont pu gagner la métropole, abandonnant leurs terres, et qui sont installées maintenant dans des conditions souvent misérables, parfois en butte aux menaces des agents du F.L.N.

Mais il y a celles, beaucoup plus nombreuses, qui ont été purement et simplement abandonnées à leurs bourreaux et à leurs égorgeurs ! La presse, et surtout la radio d’État, ont été singulièrement discrètes sur l’ampleur des massacres et des tortures infligées aux musulmans francophiles, qui sont nos frères !

Tous ces hommes sont actuellement sous le coup d’une loi d’épuration. Dans certaines régions d’Algérie, tous ces hommes sont morts ou en prison. Il s’agit d’un véritable génocide perpétré contre les musulmans qui avaient cru en la France. Ce génocide a fait plusieurs dizaines ou centaines de milliers de victimes, mises à mort dans des conditions et après des tortures abominables !

Ces massacres dépassent de loin, en horreur, ceux de Katin, ceux de Budapest, ceux du Katanga, et le caractère monstrueux du dictateur apparaît à son indifférence, devant ces indicibles souffrances qui sont pour lui autant de manquements à l’honneur !

Ce langage de vérité n’a pas été pardonné à Jean Bastien-Thiry ; il a été fusillé.

53 ans après, la lourde responsabilité des autorités de l’époque dans ce génocide est enfin officiellement reconnue.